Grace Lokako, startuppeuse congolaise


Grace Lokako
Ecd : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots à nos lecteurs ?

G.L : Je m’appelle Grace Lokako, je suis originaire de la RDC, et ça fait maintenant 7 ans que je vis en Suisse. Passionnée par l’innovation, l’entrepreneuriat et l’impact social, je suis engagée dans l’écosystème d’innovation Suisse, que j’ai maintenant l’honneur de lier avec l’écosystème entrepreneuriale africain grâce à mes projets au sein de Webloom Africa, l’organisation dont j’ai rejoint le conseil en Juin 2020.

Ecd : La transition de l’informatique vers les études de commerce a-t-elle été facile ou avez-vous trouvé des similitudes entre ces deux disciplines ?

G.L : La transition était intéressante car les deux filiales font appel à beaucoup de mathématiques. Le commerce emmène une dimension plus centrée sur l’humain. En effet, pour réussir dans le business il faut connaître, comprendre et empatir avec l’humain. Cette transition a été bénéfique car mon goût pour les chiffres a pu se combiner avec ma passion pour l’entrepreneuriat et l’innovation.

Ecd : Est-il facile de s’intégrer au mindset américain de la productivité. Avez-vous eu un sentiment de burn-out à un moment ?

G.L : Lors du Silicon Valley Startup camp, on a pu s’immerger dans l’écosystème entrepreneurial de ce lieu mythique qui a vu naître des géants de la technologie. Les entrepreneurs avec qui j’ai échangé et travaillé avaient deux choses en commun : la confiance en soi et l’art de vendre. En Suisse l’entrepreneur est plus humble et beaucoup plus concentré sur les données et la technologie qui valident sa proposition de valeur.

À San Francisco, la compétition fait rage, les créateurs de startups et les investisseurs sont à l’affut, il ne faut pas dormir, il ne faut pas attendre, de peur de manquer le train, et peut-être, l’opportunité d’une vie. « Fake it till you make it » est une devise clé de la place. L’observation intéressante qui en est ressortie est l’importance de comprendre le marché dans lequel on se lance et le mindset des parties prenantes avec qui on va interagir. Les personnes devant qui vous pitchez, définissent votre discours. Que ce soit à San Francisco, à Lausanne ou à Kinshasa, vous devez écouter votre audience et adapter votre discours pour que la valeur de votre produit se perçoive.

Burn-out ? Non, je n’ai pas eu le temps d’en avoir car mon séjour était court, heureusement !

Ecd : Pouvez-vous nous raconter en quelques mots, la journée typique d’un startupper aux USA ?

G.L : Je ne crois pas que le mot « typique » ait sa place dans la vie de n’importe quel startupper. Pour avoir échangée avec des entrepreneurs suisses, américains, indiens et congolais; je peux vous affirmer que rien n’est prévisible dans la journée d’un entrepreneur. Et c’est ce qui rend cette aventure si belle ! C’est le gout de l’incertitude et la rage de réaliser ses rêves qui définissent les journées d’un entrepreneur.

Ce qui me fascine dans l’entrepreneuriat ce sont les possibilités infinies auxquelles on fait face. On se doit d’être agile, flexible et prêt à pivoter en tout temps. On doit croire en ses rêves envers et contre tous, tout en restant humble et malin ! Et enfin, l’échec ne peut pas réduire notre détermination à avancer, au contraire, on doit redoubler d’effort et viser encore plus loin !

Ecd : Pensez-vous que les congolais se lancent dans l’entreprenariat sans trop savoir à quoi s’attendre, notamment après avoir échoué à trouver du travail ailleurs ?

 G.L : Je pense qu’on se lance tous sans trop savoir à quoi s’attendre; autrement le taux d’explosion à l’échelle de multinational pour les startups serait beaucoup plus élevé ! Dans le contexte du Congo, ce qui manque aux entrepreneurs c’est la visibilité sur les acteurs clés du marché. Il y a un gros manque d’informations sur les supports, les règles et les lois qui régissent les PME. Et probablement, un gros manque en terme de support structurelle, organisationnelle, et financier pour ces startups.

Un problème de fond pour les créateurs d’entreprise est la difficulté à acquérir des talents qui vont ajouter de la valeur à leur startup. On parle là d’un shift qui doit viser à mieux former et rendre ces formations accessibles pour la majorité de la population. Il y a aussi la part de la société qui joue un rôle dans le succès ou non d’un entrepreneur. Les personnes haut placées doivent soutenir le « Made in Congo »; et la société doit penser locale pour que nos entrepreneurs aient une chance de réussir.

Ecd : Le DRC Start Up Act est en gestation au Parlement. Pensez-vous que cela permettra de booster l’innovation et surtout d’attirer des capitaux frais en RDC ?

G.L : Je pense le Startup Act va être un premier vecteur de facilitation à l’entrepreneuriat. Les mesures juridiques en faveur des Startups, sur les aspects fiscaux et l’accès aux financements, ainsi que l’accès aux marchés publics ou privés sont les bases qui vont façonner l’écosystème. Mais on ne peut pas s’arrêter à des lois, des initiatives doivent naître; des actions tangibles pour faciliter la création et le développement d’une activité commerciale par les congolais et pour les congolais doivent être mis en place à grande échelle pour que l’effet se fasse ressentir.

Ecd : Quels sont selon vous les secteurs porteurs de croissance en RDC pour les start-up ?

 G.L : N’étant pas encore sur place et confrontée aux réalités du pays, je ne peux pas donner un avis basé sur les faits. Ce que je sais, c’est que les créateurs d’entreprises doivent analyser les forces du pays et partir de là. Il ne faut pas copier des business models étrangers et les calquer à la réalité kinoise. Il faut comprendre les forces du pays, les forces des habitants, les différentiations qui nous avantagent par rapport aux autres pays, et creuser dans ces secteurs-là. Quand une entreprise regarde de nouvelles opportunités, elle se demande, pour quel marché suis-je mieux placée que les autres ? Quel est le secteur pour lequel j’ai le plus de crédibilité et capacité? L’analogie doit se faire par les entrepreneurs congolais qui sont l’avenir économique et social du pays.

Ecd : Un entrepreneur doit-il se payer un salaire à ses débuts ou doit-il faire du bénévolat ?

 G.L : Il n’y a pas de réponse absolue à cette question ! Tout dépend des circonstances auxquelles on est confronté. On doit être rationnel et évaluer ce qui est faisable ou pas. Si on n’a aucune entrée secondaire d’argent, il sera difficile de faire évoluer sa startup le ventre vide ! Si on peut se le permettre, c’est effectivement quelque chose qui est bien vu par les investisseurs; que le fondateur ou la fondatrice d’une entreprise travaille sans retour financier au début; si ça peut faire évoluer l’entreprise d’une quelconque manière que ce soit. Cela démontre qu’on croit en son entreprise et qu’on est prêt à faire des sacrifices; ce qui envoie un bon message et met en confiance les investisseurs et les utilisateurs !

Ecd : Y a-t-il un âge pour entreprendre? Les retraités ont-ils aussi droit au chapitre ? Connaissez-vous la graine d’entrepreneurs ?

G.L : C’est un programme qui vise à cultiver le mindset d’entreprendre et de résoudre les problèmes pour les jeunes à partir de 7 ans. C’est un programme que je trouve extrêmement pertinent pour le Congo et pour l’Afrique ! « Au lieu de former les créateurs d’emploi, les créateurs des solutions; l’Afrique francophone a formé des chercheurs d’emplois perdu dans la nature, des spécialistes de CV». Mr Pkago. J’invite toute personne qui lit ceci à écouter le discours ô combien pertinent de Mr Pkago.

Avec les challenges que le Congo connaît, que l’Afrique rencontre, quelle est l’utilité d’apprendre « Demain dès l’Aube » à l’école ? Quelle est l’utilité d’apprendre à suivre et à se conformer à un système qui ne marche pas ? C’est à l’école que ça commence, c’est là qu’on doit former des créateurs d’emplois, des patriotes, des gens qui apportent des solutions aux problèmes quotidiens que la population rencontre. Et oui, les retraités ont l’expérience et la maturité qu’il faut pour peaufiner et développer des solutions. L’échange intergénérationnel est un mélange de sagesse et de curiosité. C’est une force qui créé des solutions pérennes et fructueuses.

Ecd : Un dernier mot ?

G.L : Merci !

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