ZLECAF : la RDC prêchera-t-elle par l’exemple ? Décryptage


Après les inquiétudes exprimées pour l’adhésion de la RDC à la ZLECAF par différentes personnalités dont Albert Yuma, Marie-Ange Mushobekwa et Francine Muyumba, des réactions continuent de fuser de toute part.

Commentant l’actualité; Jean-Lucien Bussa, Ministre sortant du Commerce extérieur s’est exprimé le 23 janvier dernier en annonçant plusieurs dispositions arrêtées par le gouvernement afin d’encadrer cette initiative; dont l’exclusion de beaucoup de produits dans les échanges commerciaux.

En effet, plusieurs ateliers avaient déjà réuni des experts des ministères sectoriels; la Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA) et la Fédération des Entreprises du Congo (FEC). A l’occasion de la clôture des travaux de révision et de finalisation des concessions tarifaires de la RDC;  il s’est dégagé que 180 lignes tarifaires seraient exclues par cet Accord.

A l’arrêté ministériel N° 033/CAB/MINETAT-COMEXT/2018 du 27 Février 2018; relatif aux marchandises prohibées ou soumises à des mesures restrictives à l’importation et à l’exportation tel que modifié et complété à ce jour.

A cet arrêté sont enjoints les produits manufacturés localement, ou susceptibles d’être transformés localement; ainsi que les produits qui génèrent les plus de revenus au profit du Trésor Public; comme par exemple, des produits miniers et hydrocarbures, dans le but de protéger la main-d’œuvre nationale.

A cet effet, hormis les extrants agricole; le ministre d’état a mentionné le ciment gris, la barre de fer, l’huile de palme, les farines de froment, le maïs, le sucre brun, la bière et les autres boissons comme étant des marchandises concernées par cette exclusion.

Nous pensons que les produits exemptés devront sauvegarder et soutenir la production nationale.

Au lieu de supprimer directement les droits de douane, pourquoi ne pas procéder à leurs réductions progressives; pour ne pas affecter sensiblement le budget national ?

Malgré le chapelet des bonnes intentions, mais les desideratas relevés ci-haut sont légitimes, nonobstant le caractère complémentaire du projet.

En outre, des risques exogènes sont tels que, si les États-Unis, l’Europe et surtout la Chine; principaux partenaires externes de la RDC minimisent à leur tour leurs droits douaniers respectifs vers l’Afrique; les efforts d’intégration continentale risquent de s’effriter.

Puisque la ZLECAF supprime plus de 90% des droits de douane d’ici 15 ans; nous voyons mal la RDC faire face aux ondes de choc découlant de cette situation; sachant que la douane est l’un des piliers de son budget.

Dans le contexte où la RDC importe plus et exporte peu, se priver de ses ressources financières; surtout en cette période de crise due à la pandémie de covid-19; peut s’avérer particulièrement désastreux pour le social de la population; de quoi susciter des revendications.

En outre, le mauvais état des infrastructures et des conflits persistants avec ses 9 voisins sont autant des difficultés qu’il faudra d’abord résoudre.

Dans ces conditions, les 80 millions des congolais vont se réduire en simples consommateurs.

Il sied de rappeler que lorsque le marché de Lufu ouvrait ses portes; la société Bralima a été contrainte de retirer son usine de production brassicole à Boma.

Dans l’hypothèse où un tel scenario se répétait sur toute l’étendue de la RDC; c’est l’industrie locale qui meurt au profit des produits importés.

En tout état de cause; est-ce vraiment cohérent de vouloir intégrer les États d’Afrique au moment; où les 26 provinces de la RDC; ne sont elles-mêmes pas intégrées au sens structurel du terme ?

Les poissons de l’Équateur ne sont pas vendus au Kasai; le fromage de Goma ne se retrouve pas sur le marché de Lubumbashi, …

Il faudrait d’abord initier des stratégies des échanges inter-provinciaux. Au-delà des marchandises, la circulation des personnes se butent aux mêmes difficultés. Ainsi le trajet Kinshasa-Lubumbashi coûte plus cher que certaines destinations étrangères.

Hormis l’appartenance à diverses communautés économiques, la RDC renoue déjà avec l’AGOA; autant d’outils d’échanges qui n’ajoutent concrètement rien, étant incapable d’affronter leurs grandes firmes.

Voilà qui appelle à repenser le modèle économique; redéfinir les axes prioritaires et opter pour des partenariats stratégiques, en prélude de la future zone continentale.

Pour rappel, la ZLECAF a pour mission d’intégrer tous les 55 pays de l’Union africaine (UA) au sein d’une même zone économique de plus de 1,2 milliard d’habitants; pour un Produit Intérieur Brut cumulé de 2500 milliards de dollars américains.

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