CanGo : une révolution dans la mobilité urbaine qui a disparu trop tôt


CanGo est une société de transport urbain utilisant des taxi-motos sécurisés pour les déplacements. Une initiative qui a peu à peu séduit les Kinois, lassés des embouteillages occasionnés par les grands travaux d’aménagement urbains qui ont rendu la circulation difficile.

CanGo répondait aussi à des problématiques de sécurité dans un contexte où, les taxi-motos ne sont pas soumis au port obligatoire des casques de sécurité .

Quelques mois plus tard, elle a mis la clé sous la porte.
Nous sommes allés à la rencontre d’une ancienne cadre qui nous raconte la généalogie de l’entreprise et les raisons de sa chute.

E.CD :  pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

S.M : Je suis Sarah Mbelu, ancienne gestionnaire de bureau de la société CanGo.

E.CD : quand est-ce que CANGO s’est installée en RDC ?

S.M :  CanGo s’est officiellement installée en RDC le 14 juin 2019.

E.CD : est-ce que le concept d’un Wewa (motard) sécurisé avec casque a-t-il séduit le public d’emblée ?

S.M : Au début ça n’a pas été facile. Beaucoup pensaient que c’était une arnaque. D’autres n’y croyaient absolument pas. Mais nous avons su convaincre le public.

E.CD : les motards trouvaient-ils qu’il était plus avantageux de vous rejoindre ?

S.M : oui, c’était avantageux pour eux, parce que non seulement ils bénéficiaient d’un matériel de sécurité, à savoir les casques pour eux et pour les clients ; mais aussi grâce à nous, ils avaient bien plus de clients comparé à lorsqu’ils travaillaient pour leur propre compte. Un motard percevait au début 28$ par jour de rémunération.

E.CD : 28$ par jour. C’est presque la recette journalière d’un taxi. On comprend pourquoi ils ont été attirés vers vous. Etait-ce facile pour autant de convaincre les clients d’installer l’application pour commander un taxi ?

S.M : non, ça ne l’a pas été au départ. Les gens sont un peu frileux quand il est question d’installer des applications dans un téléphone. C’est la raison pour laquelle, nous avons commencé avec une promotion qui offrait la toute première course gratuitement dans un rayon de 80 Km.

E.CD : quelle a été la réaction des autres conducteurs de taxi-motos à votre endroit ?

S.M : au début, très peu y croyaient. Ils pensaient d’ailleurs que nous étions des arnaqueurs. Ils ce sont fait de nombreuses fausses idées sur nous, mais nous avons persévéré.

E.CD : L’entreprise avait-elle des taxi motos propres à elle où, elle travailliez-vous uniquement avec les chauffeurs de la place ?

S.M : Nous ne disposions d’aucune moto. Notre modèle est inspiré de celui d’Uber qui le fait déjà pour les taxis. Nous étions en partenariat avec les motards et ils avaient tous signés des contrats de prestation.

E.CD: étiez-vous opérationnels sur toute la ville de Kinshasa ?

S.M : non, nous ne couvrions que six (6) communes, essentiellement proches du centre-ville.

E.CD : quelles étaient les conditions à remplir avant qu’un chauffeur ne devienne membre de Cango ?

S.M : Pour qu’un chauffeur de moto taxi devienne membre de CanGo, il devait nous apporter les documents qui attestent qu’il est bel et bien le propriétaire de sa moto.

E.CD : comment procédaient les clients pour passer une commande ?

S.M : une fois l’application installée, le client devait entrer son identité, choisir sa destination et indiquer sa position actuelle. Ensuite, il devait cliquer sur commander un Wewa (motard) et juste après il était mis en contact avec le motard le plus proche de sa position. Nous avions réduit le champ de recherche à un rayon de 2 Km.

E.CD : vos motards ont-ils réussi à s’y faire ? Dans le fait d’utiliser la technologie ?

SM : assez vite oui. Ils utilisaient Google Map pour localiser les clients. C’était une nouvelle expérience pour eux. Ils s’y sont vite adaptés.

E.CD : combien d’utilisateurs actifs aviez-vous eu au total ?

S.M : environ 12.000

E.CD : la collaboration avec la police de circulation routière a-t-elle été facile ?

S.M : non, pas vraiment. Ça n’a pas été facile d’obtenir un entretien avec le Commissaire provincial de la police, le général Kasongo et le commandant Achille. Mais au bout de deux semaines de tentative, nous avons pu obtenir le soutien et l’encouragement de la police ainsi que celui de l’association des motards de Kinshasa.

E.CD : est-ce que la fiscalité congolaise était étouffante pour vous ?

S.M : oui, elle l’était. Il faut dire que les agents des services publics nous sont tombés dessus, pratiquement tous au même moment.

E.CD : quelles ont été les raisons qui vous ont poussé à déposer le bilan ?

S.M :  CanGo est une start up qui a reçu un financement de plusieurs actionnaires irlandais qui détiennent des parts chez Uber. Ils nous ont fait confiance et nous avons honoré leurs attentes. Par contre, certains problèmes rencontrés par Uber ont poussé de nombreux actionnaires à s’en désengager, ce qui a eu des conséquences sur la part de financements que nous attendions d’eux. Notre plan d’action en était tributaire. Nous avons essayé de réadapter notre business model, mais cela n’a pas eu le résultat escompté.

E.CD : en disant que Cango avait honoré les attentes des actionnaires, quels étaient les objectifs de performance arrêtés ?

SM : Le challenge était d’arriver à une certaine période de réaliser 1.000 courses par jour. Nous sommes allés au-delà de ces prévisions et réalisions près de 2200 courses journalières en moyenne, signe de l’enthousiaste et de la confiance grandissante de la clientèle.

E.CD : un dernier mot ?

S.M : ce fut un plaisir pour moi d’y avoir travaillé. Mais c’est tout de même dommage qu’une telle innovation ne puisse pas continuer. Car il faut le dire, CanGo a facilité le transport de plusieurs Congolais. J’espère juste que l’entreprise pourra renaître un jour.

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