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Que rapporte vraiment un taxi à Kinshasa ?

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Loin de tout ce qui peut se raconter de bouche à oreille dans la ville de Kinshasa, la réalité sur la rentabilité de taxi reste loin d’un conte de fée. J’ai décidé de me mettre au taxi pour compléter mes revenus après avoir reçu des conseils de mon entourage. 
Très excité d’avoir acheté ma première voiture, l’idée de rentabiliser cet investissement me tournait la tête.

Les différents avis recueillis me suggéraient la Toyota Noah, car elle était considérée comme plus spacieuse. N’oublions pas que quand vous vous lancez dans le transport privé à Kinshasa, les véhicules pouvant contenir le plus de monde possible sont les plus appréciés. En temps normal, une Noah embarquerait huit personnes. Reconvertie en taxi, le compte augmente et passe à neuf passagers le chauffeur non compris. On m’a même dit de rajouter des tabourets à l’arrière pour rentabiliser davantage et faire passer le nombre de passagers à onze. 
Après avoir consacré 150 $ pour mettre la couleur jaune devenue obligatoire, la plaque d’immatriculation, le volet jaune (document temporaire avant l’obtention de la carte rose), mon capital roulant prenait la route des principales artères de Kinshasa avec pour objectif de me ramener 45 000 francs congolais par jour. 

La seule obligation qui était la mienne était de faire le plein du véhicule pour démarrer l’activité soit 55 litres. Ce qui permettra au chauffeur d’amorcer l’activité. Une fois cette dépense effectuée, les charges concernant le carburant reposent sur le chauffeur. 
D’habitude, les propriétaires encaissent tous les revenus journaliers et reversent 10 % du total comme salaire au chauffeur. Moi par contre, j’ai convenu de lui laisser un jour de versement par semaine et d’en encaisser que six. 
Sans oublier 64 000 francs que je comptais épargner tous les mois pour faire face à l’entretien. Car le danger pour un taxi à Kinshasa réside dans l’état des routes, peu praticables à certains endroits, de la qualité des pièces de rechange pas toujours d’origine. À cela s’ajoute, disons-le nous, une portion à réserver pour les imprévus (pourboires à donner à la police de roulage). 
Je ne m’intéressais pas du tout à la façon dont le chauffeur s’y prendrait pour remplir ses engagements journaliers. Surtout pour un moteur à essence (qu’ils n’apprécient pas beaucoup du fait de la consommation supposée plus excessive que ceux au diesel).

La première semaine s’est assez bien déroulée. Tout se passait à merveille. Je recevais mes versements via mon compte de mobile money. À la troisième semaine, une petite fuite d’huile a été le point de départ de mes déboires. Une panne qui tombait mal notamment au vu des vacances scolaires. Car, pendant cette période, les élèves qui constituent une part importante de la clientèle sortent très peu et cela a un impact sur le versement qui est réduit de moitié. 
Le climat était un autre facteur de déstabilisation. Alors que pendant la saison sèche, c’est la poussière qui est l’ennemi numéro un des mécaniques, pendant la saison pluvieuse, la chaleur, les fortes intempéries (avec des pneus qui glissent et s’usent facilement ou le risque d’emprunter des zones inondées) ; sont autant de paramètres qui du jour au lendemain peuvent geler les recettes. 

Le chauffeur : l’autre partie de l’équation
Hormis les facteurs naturels, le facteur humain est l’autre revers de la médaille quand on dirige un business de taxi. Les chauffeurs ont entre eux une sorte de solidarité qui les lie. Une sorte de code qui fait à ce qu’ils tendent la perche pour aider ceux dans le besoin. Une fraternité qui aurait été positive si seulement cela ne se faisait pas sur le dos des propriétaires des véhicules.

Il n’est pas ainsi rare de voir le chauffeur céder le véhicule à un autre sans emploi pour qu’il puisse rouler pendant un temps donné et encaisser les recettes récoltées dans ce laps de temps. Vu le temps limité pendant lequel ils doivent rouler, ceux-ci se comportent sans respect pour le Code de la route. Les excès de vitesse et autres manquements sont ainsi légion. 

Enfin de compte, après plusieurs mois d’exploitation ponctuée de pannes, mon taxi a connu le moment le plus redouté par tout propriétaire de véhicule : un accident. Sans assurance automobile, j’ai dû dépenser des frais pour l’hospitalisation des personnes accidentées, pour la libération du véhicule séquestré par la Police ainsi que du chauffeur aux arrêts ainsi que dans les réparations. 

Je suis tellement las que cette activité ne m’enchante plus. Avec des chauffeurs malhonnêtes pour la plupart, des policiers cupides et un réseau routier pas terrible ; le tout sous la menace croissante d’une hausse du carburant. 

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