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lundi, janvier 30, 2023
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Le manque d’expérience des jeunes fait peur aux investisseurs

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En 2009, j’assistais au deuxième anniversaire de l’inauguration de l’agence d’une grande banque de la place au Rond Point Victoire à Kinshasa. C’est alors qu’un des employés me raconte une anecdote. « Une femme commerçante est venue solliciter un crédit chez nous pour élargir son commerce. Nous le lui avons accordé. Quelque temps après, un de nos agents lui a rendu visite pour lui demander comment elle utilisait son crédit. Elle nous a surpris, en disant que cet argent lui avait permis de changer le régime alimentaire de sa famille et de manger du poulet chaque jour ».

Si cela peut faire rire, cela traduit la réalité à laquelle sont confrontées les institutions bancaires locales face aux entrepreneurs et porteurs de projets. Pour quelqu’un qui a de bonnes idées, mais aucune formation ou expérience antérieure en gestion, le risque est souvent trop grand pour qu’une banque s’engage à ses côtés, sans courir des risques d’insolvabilité. La triste expérience de la coopérative dénommée I-Finance, qui a mis la clé sous la porte après avoir cumulé un portefeuille de clients malhonnêtes et non-crédibles en est l’illustration. Le doute des investisseurs est encore plus grand, lorsque les entrepreneurs qui sollicitent les crédits sont jeunes.

Rassurer le secteur

Dans son discours à la nation le 29 juin dernier, le président Félix Tshisekedi annonçait la création d’un fonds de soutien aux initiatives entrepreneuriales pour résorber le chômage des jeunes. Il l’a de nouveau redit lors du forum Tony Elumelu récemment tenu au Nigeria auquel, une cinquantaine entrepreneurs congolais ont pris part.

Ce fonds devrait couvrir les pertes que subiraient les banques sur des projets portés par des jeunes et ne disposant pas de garanties de remboursement et plafonner les taux d’intérêt à des niveaux raisonnables. Le Fonds de garantie pour l’Entrepreunariat au Congo prenait ainsi forme.

Après son installation, il a octroyé des financements à un premier groupe de dix entrepreneurs comprenant des start-ups et des PME gérées par des jeunes.

La formation : l’autre problème

Si les jeunes se plaignent de ne pas être soutenus financièrement, l’on a tendance aussi à oublier que nombreux ne sont pas encore prêts à gérer des fonds et rendre compte. Une culture managériale et une éthique que beaucoup d’universités n’enseignent pas.

J’ai rencontré beaucoup d’entrepreneurs pour qui la solution passait d’abord par le financement de leurs projets, alors que les notions de management les plus élémentaires leur étaient inconnues. Le contraste se situe au niveau des régions. En Afrique anglophone, il existe une véritable tradition d’élaboration de projets ancré chez les jeunes. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 78 % de fonds d’investissement injectés en Afrique en 2018 ont été captés par l’Afrique du Sud, le Kenya et le Nigeria. Une tendance qui se confirme toujours en 2021 selon les derniers chiffres du CNUCED.

Alors que chez les francophones, principalement en RDC, l’entrepreneuriat n’est envisagé uniquement que quand on n’arrive pas à se caser quelque part et on essaie de s’y lancer, pas pour prospérer et émerger, mais pour survivre.

Sortir des sentiers battus

Un jour, je suis tombé sur une requête d’un investisseur souhaitant investir l’argent de sa retraite dans une entreprise prometteuse. C’est le cœur lourd, que j’ai dû lui remettre la liste de ces 100 start-up africaines considérées comme les plus innovantes et à fort potentiel. Aucune n’est de la RDC. Pourtant, l’une d’elles a développé une solution pour monétiser les followers de l’artiste Fally Ipupa. Si l’argent et la formation sont les éléments à acquérir, innover est une tout autre paire de manches.

C’est pour cette raison que la fondation Elumelu qui dispose d’un fonds panafricain qui appuie les jeunes entrepreneurs, a, outre un appui financier de 5 000 dollars, un système de formation dispensé à ces lauréats pour leur permettre de bien gérer ces fonds. Les jeunes entrepreneurs congolais ont depuis, bénéficié d’au moins 250 000 $ de fonds via cette fondation. La question qui se pose est celle de savoir : qu’ont-ils fait de cet argent ?

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