Etre une femme d’affaires dans le Congo d’aujourd’hui

Bien que le mois de mars soit celui dédié à la femme ; ce n’est pas le seul moment de l’année où l’on devrait se pencher sur la situation des femmes en RDC ; notamment celles qui se lancent dans l’entreprenariat.
Avant la grande crise des années 90, le foyer familial était entretenu par l’homme. Celui-ci avait l’obligation de s’occuper de son foyer ; reléguant à la femme, la tenue du ménage et l’éducation des enfants.
Une posture conforme à l’époque aux us et coutumes de la société.

Pourtant, durant les années de gloire du Zaïre ; une catégorie de femmes commerçantes et dites émancipées se lancera dans l’import – export à l’international. Elles importent dans un premier temps des pagnes, très prisés par la gent féminine qu’elles se procurent à Lomé au Togo qui devient la plaque tournante d’un négoce qui consacrera la popularité de ces dames qui affichent sans complexe leur réussite. Elles s’inspirent de femmes togolaises qui ont fait fortune grâce aux pagnes. C’est l’ère des Nana Benz.

Les Nana Benz du Togo

Pourtant ; le succès de ces entrepreneurs femmes n’est pas bien accueilli dans la société congolaise de l’époque qui n’hésite pas à leur coller des étiquettes. Prostituées de luxe pour les uns, voleuses de maris ou entretenant de jeunes hommes pour leur propre plaisir ; le regard inquisiteur de la société crée de moins en moins de vocations et peu de femmes osent emboîter le pas ; à l’exception de quelques femmes proches du régime qui exploitent le filon du wax.

Pillages

L’ouverture démocratique de 1990 s’accompagne d’une longue crise politique qui ne laissera pas l’économie indemne. La mauvaise gestion de la chose publique entraîne une grave crise inflationniste. Payés avec des billets boudés par les commerçants, les militaires se mutinent et mettent le pays à sac. Les civils asphyxiés par la crise emboîtent le pas. On estime que les pillages ont causé la perte de 300 000 emplois en RDC, dont 100 000 rien que pour la ville de Kinshasa.

Devant l’effondrement du cadre social, les femmes jusque-là cloîtrées dans les cuisines sont obligées pour la plupart à se livrer à des activités de subsistance pour nourrir leurs familles. Elles sont actives dans le petit commerce, le travail des champs ou la vente à l’étalage. Une situation précaire qui les expose à des prédateurs sexuels et au racket des fonctionnaires corrompus. Le secteur informel prend de plus en plus un poids considérable dans l’économie zaïroise alors désarticulée.

Les guerres successives qui se succèdent dans le pays n’améliorent pas la situation. Celles vivant dans les milieux ruraux s’exposent aux violences des groupes armés et des forces de sécurité tandis que dans les centres urbains ; le petit commerce continue d’être dominé par des femmes pour la survie.

Certaines arrivent néanmoins à sortir du lot. Des serials entrepreneurs comme Petronie Muswamba, Tshibi Tsha Bene, Pauline Mayoko dont le magasin Mona Luxe fera sa popularité, se démarquent en se lançant dans plusieurs activités comme le commerce, le transport, l’exploitation pétrolière et l’immobilier.

Ces femmes à succès ont la particularité de s’être forgées elles-mêmes, sans éducation financière ni diplômes. Elles se distinguent d’autres catégories de femmes chaperonnées par des hommes issus du pouvoir politique et de la jet-society zaïroise.

Un nouveau souffle ?

En 2009, la Société financière internationale ; filiale de la Banque mondiale qui investit dans le secteur privé s’intéresse au sort des femmes entrepreneurs et souhaite leur donner l’éducation financière, managériale et le fonds de démarrage nécessaires pour leur permettre de se lancer. Une banque appuie le projet et ambitionne de former des femmes préalablement à l’octroi de crédit. Mais l’expérience tourne court. Des taux d’intérêt exorbitants pour le marché et des gages hypothécaires freinent l’enthousiasme de ces femmes qui rentrent pour la plupart dans l’informel.

Malgré l’émergence d’une nouvelle génération de jeunes femmes ambitieuses, le regard que leur portent les institutions financières ne répond toujours pas à leurs besoins spécifiques. Le harcèlement dont elles font l’objet, les stéréotypes de certaines ethnies pour qui, une femme financièrement puissante est une menace pour la stabilité d’un foyer et le fait pour de nombreuses femmes d’accepter le statu quo en s’opposant à celles qui émergent ; contribuent à garder les femmes ambitieuses sous les radars et à tempérer les vocations pour le Business.

Même si certaines initiatives comme PLURIELLES tentent d’inverser la tendance, le business des femmes congolaises est encore prisonnier des traditions et des préjugés.

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